RDC
International Alert accompagne les initiatives de consolidation de la paix et de prévention des conflits à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis 2002. Notre équipe de 60 staff intervient à Kinshasa, Goma, Bukavu, Beni, Bunia et Kalémie.
Nos programmes encouragent l’inclusivité dans les processus de paix et la prise de décision, renforcent la cohésion sociale, et améliorent l’analyse et la compréhension des dynamiques de conflit.
Pour atteindre ces objectifs, notre action s’articule autour de plusieurs domaines clés. Nous aidons les jeunes à assumer des rôles moteurs en gouvernance et consolidation de la paix, nous encourageons un dialogue libre entre les communautés et les dirigeants, nous aidons à résoudre les conflits autour de la gestion des ressources naturelles (terres, minéraux critiques et or), nous renforçons les liens interrégionaux par le commerce transfrontalier, et nous mobilisons le secteur privé au service de la paix et du développement économique équitable.
Par la formation et l’accompagnement, nous aidons les groupes de citoyens ordinaires à influencer la prise de décision de haut niveau. Nous nous associons aux communautés pour comprendre les pressions qu’elles subissent, nous élaborons des solutions locales pour développer la confiance et prévenir l’escalade des conflits, et nous transmettons leur vision de la paix aux décideurs de haut niveau.
Nous intervenons aussi auprès du gouvernement de la RDC et de ses partenaires internationaux en faveur de politiques publiques fondées sur l’analyse qui soient adaptées aux besoins des personnes les plus affectées par le conflit.
- Access to Justice : une initiative transfrontalière d’accompagnement des communautés qui vivent et travaillent le long des frontières entre le Burundi, la RDC et le Rwanda dans la résolution des conflits et l’accès à l’aide juridique au moyen de dispensaires juridiques.
- Mupaka Shamba Letu (La frontière, notre gagne-pain) : notre projet-phare consacré au commerce transfrontalier pour renforcer la cohésion sociale par l’intégration régionale du commerce.
- Kizazi cha Amani (Génération paix pour les Grands Lacs) : notre projet mené avec de jeunes défenseurs de la paix de toute la région, pour mieux se comprendre et s’entraider à travers des initiatives de paix communes.
- Madini kwa Amani na Maendeleo (Minéraux pour la paix et le développement) : une initiative de pointe pour aider les communautés minières artisanales à lutter contre l’insécurité et à définir une vision commune de leur développement.
- Nashiriki kwa Masikilizano : notre projet de renforcement de la cohésion sociale dans les provinces d’Ituri et du Nord-Kivu à l’est de la RDC, et de développement de la confiance entre les membres des communautés et les autorités.
- Improving the capacity of young people and civil society to engage for peace in easter DRC (Améliorer la capacité des jeunes et de la société civile à se mobiliser au service de la paix à l’est de la RDC) : un projet mené avec des réseaux et mouvements de jeunes à Beni, au Nord-Kivu, afin qu’ils aient voix au chapitre dans les décisions sociales, économiques et politiques qui leur tiennent à cœur.
- Tuote Kesho (Amplifier la voix des femmes pour un agenda de paix dans la région des Grands Lacs) aide les commerçantes de la région des Grands Lacs à se faire entendre dans les structures décisionnelles régionales.
- Mental Health and Psychosocial Support for Peace (Santé mentale et accompagnement psychosocial pour la paix) aide les communautés de la province de Tanganyika à former des liens sociaux plus forts, à améliorer leurs conditions de vie et à accéder aux services de santé mentale.
Nous hébergeons le centre d’expertise en sensibilité aux conflits en RDC, qui forme et aide les organisations d’aide humanitaire, de développement et de paix à comprendre la sensibilité aux conflits et à l’appliquer dans leurs interventions.
Le contexte du conflict en RDC
La situation actuelle à l’est de la RDC est due à des décennies de conflit dans la région des Grands Lacs d’Afrique centrale, remontant jusqu’aux années 1990. Les divisions entre les différents groupes ethniques, bon nombre datant de la colonisation, sont alimentées par les guerres successives, dont la première et la seconde guerres du Congo. Ces conflits ont fait des millions de morts, causé des déplacements de masse, fragilisé les institutions d’État et laissé dans leur sillage une instabilité qui persiste aujourd’hui.
Différentes élites politiques et économiques ont, au fil des ans, perdu ou gagné des fonctions dans l’administration locale ou des perspectives économiques, parfois en mobilisant des groupes armés pour faire pression sur leurs rivaux et consolider leur pouvoir.
Dans la région des Grands Lacs, l’accès à la terre et ce qui en est fait sont au cœur des identités et indispensables à la survie économique des populations. Des vagues répétées de déplacement ont cependant exercé de très fortes pressions sur les ressources, entraînant une concurrence qui dégénère en violence.
Dans ce contexte, les tensions intergénérationnelles et les souvenirs encore douloureux des violences passées continuent d’influencer la façon dont le conflit est vécu et compris. Les jeunes en particulier, hommes comme femmes, ont du mal à s’adapter face à cette turbulence. Forcés d’assumer des responsabilités d’adultes, ils demeurent largement exclus des espaces décisionnels dominés par les chefs traditionnels.
L’immense distance qui sépare l’est de Kinshasa, capitale et siège des autorités, fait obstacle à une gouvernance inclusive. De nombreux conflits structurels de longue date nécessitent l’intervention des pouvoirs publics, sous forme notamment de réformes ou d’une meilleure mise en application de la législation. Si certaines décisions sont décentralisées, la plupart sont paralysées du fait que les autorités centrales traitent des demandes contradictoires de l’ensemble des 26 provinces. Cette stagnation favorise le développement et la prolifération des conflits locaux, réduisant à néant les efforts dans le sens contraire déployés au niveau des communautés.
Depuis janvier 2025, le conflit armé avec les groupes rebelles du M23/AFC* à l’est de la RDC s’est fortement intensifié. Il fait partie des nombreux conflits en cours dans le pays, risquant d’éroder la confiance au sein des communautés, entre les communautés, mais aussi entre les communautés et les dirigeants. Les tensions entre les pays, notamment les accusations d’ingérence extérieure et les menaces sécuritaires transfrontalières, retentissent sur la sécurité régionale dans les Grands Lacs. Les intérêts économiques (minéraux et routes commerciales) viennent exacerber ces difficultés. Dans ce contexte, les risques de rouvrir d’anciennes blessures non cicatrisées et de provoquer de nouveaux cycles de traumatisme sont grands.
Les conséquences sont considérables. Au niveau national, la crise humanitaire s’aggrave, et la cohésion sociale est mise à rude épreuve. Sur le plan régional, le risque d’escalade et de déstabilisation augmente. À l’échelle internationale, les craintes pour la sécurité, les chaînes d’approvisionnement et la stabilité dans la région des Grands Lacs s’amplifient.
*Le M23 (mouvement du 23 mars) est un groupe paramilitaire allié à l’Alliance Fleuve Congo. Il se pose en défenseur des droits des minorités – pour protéger plus spécifiquement les intérêts des Tutsis congolais – contre d’autres groupes armés. Il s’empare de territoire depuis novembre 2021. En janvier 2025, le M23 a pris le contrôle de Goma, capitale stratégique et pôle commercial du Nord-Kivu, puis quelques semaines plus tard de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, à la frontière avec le Rwanda. L’Alliance Fleuve Congo est un mouvement plus général qui revendique un changement politique à Kinshasa.
Des eaux agitées sur le lac Albert : Dynamiques des conflits et perspectives
Ce rapport met en lumière les dynamiques de conflit et les opportunités de consolidation de la paix autour du lac Albert, explore les préoccupations des communautés qui dépendent du lac pour leurs moyens de subsistance, et propose des pistes concrètes pour les gouvernements, les partenaires internationaux et la société civile – notamment en matière de gestion partagée des ressources, d’intégration commerciale, de transparence dans le secteur pétrolier et de protection de la biodiversité – afin de prévenir l’escalade de la violence et d’ouvrir la voie à une paix durable.



